Greffer un cerisier : 4 techniques et le calendrier pour réussir vos greffes

La multiplication du cerisier demande de la patience et une synchronisation précise avec le cycle végétatif. Contrairement à d’autres arbres fruitiers, le cerisier présente des particularités physiologiques, comme une forte propension à la gommose et une grande finesse du cambium, qui rendent le choix du moment et de la technique déterminants. Réussir sa greffe permet de conserver une variété ancienne ou d’adapter un arbre productif aux spécificités de son sol.

Les périodes idéales selon la technique de greffe

Le calendrier du jardinier pour le cerisier ne laisse que peu de place à l’improvisation. Le choix de la date dépend de la méthode employée. On distingue deux grandes fenêtres : le réveil de la sève au printemps et la descente de sève en fin d’été.

Testez vos connaissances sur la greffe du cerisier

Le printemps pour les greffes de structure

Dès que les bourgeons gonflent, entre la mi-mars et la mi-avril, débute la période des greffes dites « à bois ». La greffe en fente ou la greffe en incrustation sont privilégiées. L’objectif est de profiter de la poussée de sève printanière pour souder rapidement le greffon au porte-greffe. Le porte-greffe doit être légèrement plus en avance que le greffon, lequel aura été prélevé durant l’hiver et conservé au frais.

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L’été pour la greffe en écusson

La période la plus favorable pour les amateurs se situe de la fin juillet à la mi-septembre avec la greffe en écusson à « œil dormant ». À ce moment, l’écorce se décolle facilement, permettant d’insérer un bourgeon sous l’écorce du porte-greffe. Cet œil ne se développera qu’au printemps suivant. Une greffe précoce en juin, dite à « œil poussant », est plus délicate car le jeune rameau doit avoir le temps de s’aoûter avant les premières gelées.

Technique Période idéale État de la sève
Greffe en fente Mars – Avril Montée de sève
Greffe en incrustation Avril ou Septembre Sève active
Greffe en écusson Fin Juillet – Août Sève descendante
Greffe à l’anglaise Mars Début de débourrement

Choisir le bon porte-greffe : la base de la réussite

Le succès d’une greffe repose sur la compatibilité entre le sujet receveur et la variété choisie. Le porte-greffe détermine la vigueur de l’arbre, sa résistance aux maladies du sol et son adaptation à votre terrain.

Schéma technique illustrant l'alignement du cambium lors de la greffe d'un cerisier
Schéma technique illustrant l’alignement du cambium lors de la greffe d’un cerisier

Le système racinaire est le moteur de votre futur cerisier. En sol calcaire, un merisier classique risque la chlorose. En sol lourd et humide, il faut privilégier une racine capable de supporter l’asphyxie temporaire. Le Sainte-Lucie (Prunus mahaleb) convient aux sols secs et calcaires, tandis que le Merisier (Prunus avium) préfère les sols profonds et frais. Des solutions hybrides comme le prunier Adara offrent une compatibilité étendue avec de nombreuses variétés de cerisiers tout en tolérant des sols plus contraignants.

La compatibilité variétale et la gommose

Le cerisier est sensible à la gommose, cette sécrétion de résine qui survient après une blessure. Une mauvaise compatibilité entre le greffon et le porte-greffe accentue ce phénomène. On observe souvent un bourrelet de greffe important chez les variétés précoces, signe d’une différence de vitesse de croissance entre les deux parties. Pour limiter ces risques, utilisez des outils parfaitement désinfectés et appliquez un mastic à cicatriser de qualité sur les greffes de printemps.

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Les techniques de greffage pas à pas

La précision est indispensable, car la zone génératrice, le cambium, est très étroite. L’alignement parfait de ces couches sur le greffon et le porte-greffe garantit la soudure.

La greffe en écusson : la méthode recommandée

Cette technique est la moins traumatisante pour l’arbre. Elle consiste à prélever un bourgeon sur un rameau de l’année et à l’insérer dans une incision en forme de « T » pratiquée sur le porte-greffe. Pratiquez une incision transversale de 2 cm, puis une verticale de 3 cm. Soulevez les bords de l’écorce et glissez l’écusson à l’intérieur. Ligaturez fermement avec du raphia ou du ruban spécial sans recouvrir l’œil. En cas d’échec, le porte-greffe reste intact et peut être greffé à nouveau l’année suivante.

La greffe en fente et ses limites

La greffe en fente se pratique sur des porte-greffes de 2 à 3 centimètres de diamètre. On fend le sujet en deux pour y insérer un ou deux greffons taillés en biseau. Le risque principal est l’entrée d’humidité ou de maladies dans la fente. Il est crucial de recouvrir l’intégralité de la plaie avec du mastic, y compris l’extrémité supérieure des greffons. Cette méthode est efficace pour changer la variété d’un jeune arbre déjà installé.

Erreurs courantes et conseils pour maximiser la reprise

Le dessèchement est le premier ennemi du greffeur. Un greffon qui perd son humidité avant la soudure est condamné.

La conservation des greffons

Pour les greffes de printemps, prélevez les greffons en janvier ou février, durant la dormance totale. Enveloppez-les dans un linge humide, placez-les dans un sac plastique, puis conservez-les au réfrigérateur ou enterrez-les au nord d’un mur. Le but est de maintenir le greffon « endormi » jusqu’à ce que le porte-greffe soit prêt.

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La gestion de l’après-greffe

Pour une greffe en écusson réalisée en été, le pétiole doit tomber au bout de 15 jours. S’il noircit et reste accroché, la greffe a probablement échoué. Au printemps suivant, coupez le porte-greffe environ 10 cm au-dessus de la greffe réussie pour forcer la sève vers le nouveau bourgeon. Cette partie conservée, appelée « onglet », sert de tuteur au jeune rameau durant sa première année.

Supprimez systématiquement les gourmands qui apparaissent sur le porte-greffe sous le point de greffe. Ces pousses sauvages sont plus vigoureuses que votre greffon et pourraient l’étouffer en accaparant toute la sève.

Benoît-Jules Caradec

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